L’impact des programmes populaires et des magazines sur la mode

La mode, devenue plus accessible pour une génération surexposée aux médias, n’est plus seulement dictée par les grands noms des défilés, mais aussi et surtout par une nouvelle vague de gurus popularisées via les réseaux sociaux et notamment YouTube. Afin d’évaluer le taux d’influence qu’ont chacun des médias sur la mode, plusieurs cas ont été interrogés, et leurs réponses ont ensuite été accompagnées du regard expert du jeune styliste Tarek Hocine.

 

Quelles sont tes sources d’inspiration en terme de mode ?

Leila, 14 ans, habillée d’un jean slim, d’une paire de running et d’un crop top gris :  » Les célébrités ! En tout cas, moi, c’est elles qui m’inspirent. Généralement je les suis sur Instagram.  »

Ce que Leila ne savait pas en revanche, c’est qu’avant de ne s’exposer à la moindre caméra, les célébrités sont vivement sollicitées par les marques pour porter leurs vêtements. Lors d’une récente conférence organisée par le Vogue concernant les métiers de la mode, Camille Charrière, éditeur en chef du Vogue FR, a d’ailleurs témoigné :  » (…) On a tout de suite compris l’intérêt d’Instagram pour l’autopromotion, pour partager des inspirations et des idées, et les marques se sont rendu compte qu’elles pouvaient toucher un nouveau public à travers les posts sponsorisés. « 

Elisa, 21 ans, vêtue d’un total look gris composé d’un legging à motifs, d’un gilet de laine et d’un sac à dos noir, explique à son tour que l’inspiration lui vient : « d’Instagram, et énormément de la rue -surtout depuis que je vis à Paris ! »

Quant à Fiona, 25 ans, une paire de Vans montantes aux pieds, un crop top blanc dévoilant son ventre sur un jogging gris délavé, elle répond  » ça peut être dans des clips. Dans les médias en général. Des fois, c’est simplement des gens qui attirent mon attention dans la rue, ou des tenues trouvées dans des boutiques que j’aime bien « 

 

Suis-tu les tendances ?

Leila, un peu gênée, répond avec hésitation : « Je ne sais pas… Certainement. »

Elisa, elle, admet : « Je suis un peu le mouvement, mais je ne me considère pas comme très intéressés par toutes les tendances. Je m’inspire des tendances pour me donner des idées, mais je n’essaye pas du tout de les suivre à tout prix, je garde un style très basique »

Fiona, agitée par le vent frais qui cognait contre sa peau, répond d’une voix assurée : « Absolument pas ! »

 

Qui dicte les tendances ?

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 » Bonne question… Je pense que ce sont beaucoup les célébrités qui lancent les tendances, même si elles sont habillées par des stylistes… Les grandes maisons dictent les tendances, mais également la culture pop « , déclare Elisa

Selon Leila, « personne ne dicte vraiment les tendances. Tout le monde a son propre style, alors on ne peut pas vraiment parler d’une tendance fixée dans le temps… »

Fiona, un peu effrayée à l’idée de donner une « mauvaise réponse », enchaine : « Les grands magazines, grands magasins, les stars… »

Tarek, étudiant en troisième année de stylisme à l’école Mjm Graphic Design, apporte la réponse à la question : « l’art en général et la rue dictent énormément les tendances. Les tendanceurs sont amenés à analyser la société, la rue, le pouvoir d’achat et de consommation, les expositions artistiques… avant d’établir un cahier de tendances dans lequel ils prédisent un à deux ans à l’avance ce qui fera la mode de demain »

 

Les magazines ont-ils toujours le monopole du style ?

A ce propos, Leila est catégorique ! C’est un « Non ! Ce qu’ils proposent est beaucoup trop extravaguant. Personne ne s’habille comme ça dans la vraie vie. Pour ma part, je puise mon inspiration des boutiques, des célébrités via leurs réseaux sociaux. »

Elisa, de son côté, parle de la disparition de la presse papier « Non, de moins en moins je trouve. Après, les magazines en ligne ont quand même une plus grande marge de manœuvre, donc plus d’influence, notamment chez les moins de 30 ans. Mais même en ligne, je trouve que le monopole est partagé. »

Pour Fiona : « Avec l’arrivée de tous les médias je ne sais pas si ils ont encore le monopole du style, leur influence a dû être réduite »

 

Comment expliques-tu que les blogs aient d’avantage d’influence sur le consommateur que les grands magazines ?

Leila : « Je préfère prendre exemple sur une personne réelle que sur des modèles imprimés sur une page de magazine. Puis, il y a une plus grande proximité. Un mannequin photo se contente de porter les vêtements qu’on lui impose, alors que la bloggeuse est plus objective et a son propre style. »

Elisa et Fiona partagent elles-aussi le même avis : « Je trouve que les magazines en ligne, blogs et réseaux sociaux s’adaptent bien plus à la réalité d’une majorité de la population, notamment en terme de budget. Aussi, le fait que tout le monde ai un smartphone aide grandement au développement de tout ce monde de la mode « en ligne » « 

Pour Tarek : « l’explication est très simple ! Prenons l’exemple d’un produit beauté :  dans le magazine ce produit nous est présenté avec des effets qui attire le regard, il est mis en général en premier plan, devant un modèle aux traits et à la peau parfaite -déjà, là, on pense directement Photoshop-, donc on est d’un coup moins emballé…. Par contre, quand ce produit est acheté par une bloggeuse, qui l’essaye et qui donne son avis à ses lectrices, on se sent un peu plus emballé et on aura déjà plus envie de le tester… Il y a un rapport de confiance qui s’est installé entre les lectrices et leurs bloggeuses, qu’on a du mal à retrouver en visionnant des pages de pubs dans les magazines -qui eux sont là pour mettre le produit en avant, et vendre, sans chercher à savoir si le produit fonctionne vraiment ou pas.

 

Les programmes télé type relooking (…) influencent-ils la jeunesse actuelle ?

 

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Leila et Elisa répondent de la même façon : « Non, pas du tout ! L’avis imposé d’une inconnue ne m’intéresse pas. »

Pour Fiona, c’est un « Parfois… Il arrive que regarde des programmes de mode (les survivals genre Project Runaway- qui donne des idées. Mais ce sont des programmes essentiellement Américains… »

Tarek est plus positif face à la question : « les programmes de relooking influencent énormément, pas juste la jeunesse mais toutes les tranches d’âge. Et je trouve que c’est une très bonne chose qu’un conseillé en image livre ses secrets de style, nous aide à marier les couleurs, à manier formes et les coupes… Ce sont des conseils accessibles à tous et gratuit. Bien expliqué sur les participants, ça permet leur de de mieux comprendre leur silhouette et ainsi, a avoir plus de facilité à la mettre en valeur. »

 

A qui s’adresse le Vogue aujourd’hui ? (quelle type de clientèle, lecteurs…)

Pour Leila, c’est seulement « Un magazine destiné aux adolescentes qui souhaitent en apprendre d’avantage sur leurs idoles »

Pour Elisa, le magazine s’adresse « aux élites. Elites au niveau social mais aussi et surtout culturel. Il faut avoir un certain bagage culturel et une culture de la mode pour pouvoir apprécier Vogue je pense. »

Pour Fiona, c’est plutôt destiné « aux riches ! Ceux qui ont assez de revenu pour acheter ce que le Vogue va leur montrer. Après je ne connais pas du tout le magazine mais voila.. Ca reste Vogue ! »

Là où Leila voit juste, c’est que le Vogue est le premier magazine de mode à faire appel aux célébrités pour faire la couverture du magazine afin d’optimiser les ventes. Et c’est d’ailleurs l’une des grandes décisions qui marquera le règne d’Anna Wintour.

 

La mode est-elle plus accessible qu’avant ?

Leila, tout comme Elisa et Fiona, proposent les mêmes réponses : « Elle l’est plus ! Je pense à toutes les collections d’H&M réalisées en collaboration avec de grands créateurs à des prix très abordables, aux marques comme Zara qui proposent une grande variété de styles vestimentaires. »

En effet, H&M, c’est plus d’une dizaine de collaborations avec de grandes maisons. La dernière en date étant d’ailleurs toujours disponible en magasin : celle qui allie Kenzo à H&M.

Tarek explique : « La mode est devenue plus accessible depuis l’apparition du prêt-à-porter en 1947. Avant ça, on ne pouvait pas tous se permettre de s’habiller en haute couture avec des vêtements réalisés sur-mesure. Le prêt-à-porter a donc permit de changer les codes en standardisant les tailles et en créant la production en série (ce qui a rendu le vêtement plus accessible, justement). Il faut aussi savoir que le prêt-à-porter est constitué de trois différentes gammes rangé par ordre croissant : le bas de gamme, le moyen de gamme, et le haut de gamme qu’on appelle aussi PAP de luxe… Chacun peut donc y trouver son bonheur en fonction de son budget. »

 

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De quelle façon la haute couture influence nos styles ?

Leila : « Aucunement. Chaque style est différent et je ne porte rien d’aussi excentrique que ce qui apparaît dans les défilés ! »

Elisa :  » Ca ne nous influence pas directement, non ! Mais effectivement, il y a un courant général qui est insufflé par les collections hautes coutures, notamment dans les blogs »

Fiona : « En tout cas, elle influence mes goûts ! J’adore les robes de soirées »

Tarek : « À mon avis la haute couture n’influence pas le style. Exemple tout bête : Saint Laurent avait présenté le smoking en 1966 lors de son défilé haute couture, un vêtement qui bouscule les codes à cette époque là, et qui n’a pourtant pas eu beaucoup de succès. En cette période, les femmes n’avaient pas le droit de se rendre à leur travail en pantalon, ni même à New York dans les restaurants chics où, habillées de cette façon, elles étaient refusées. Pour les clientes qui s’habillaient en haute couture, il était impensable de sortir le soir autrement qu’en robe longue… Pourtant, quelque temps après, les femmes commençaient à s’identifier a ce vêtement qui a finalement connu un succès fou et qui fera de Yves Saint Laurent le grand créateur qu’on connaît aujourd’hui…

Conclusion, le style est notre propre façon d’être, c’est inné. On est pas tout le temps attiré par les vêtement exposés en vitrine, mais lorsque ça arrive, on achète le vêtement pour ce qu’il nous évoque… Parce qu’il nous parle, qu’il nous reflète… Donc non la haute couture n’influence pas nos styles, en revanche, oui, elle dicte les codes et les tendances. »

L’erreur est de penser que la Haute Couture ne s’adresse qu’à une clientèle fortunée. En réalité, nous sommes tous dépendants de la Haute Couture, puisqu’elle est la première source d’inspiration des collections de prêt-à-porter. Zara, H&M, Mango, toutes ces marques déclinent leurs collections des tendances aperçues sur les podiums.  Comme l’a expliqué Tarek, la Haute Couture influence évidemment les tendances.

 

Si la mode s’est popularisé en l’espace de ces 60 dernières années, il semblerai pourtant que ses influenceurs ne soient plus ni les créateurs, ni les journalistes. En effet, à mesure que le temps passe, le prestige qui régnait sur la mode se voit estompé par un moyen de diffusion accessible à une majorité : Internet. Dorénavant, les tendances sont ouvertes à tous, au point que leur provenance n’intéresse plus personne. Comme constaté avec les plusieurs personnes interrogés, les grands magazines tels que le Vogue jouant pourtant un rôle primordiale sur la mode sont aujourd’hui assimilés à des magazines élitiste, lorsqu’ils sont reconnu ! Le cas de Leila, âgée de seulement 14 ans, prouve les méconnaissances  de cette nouvelle génération pourtant toujours plus consommatrice en matière de mode. L’apparition des réseaux sociaux et d’Internet aura donc définitivement évincé la concurrence de la presse papier et des Tv show, mais aussi l’intérêt général pour l’histoire de la mode et des tendances.

Linda K

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