En attendant l’Hiver prochain : le 13 Novembre

Bientôt, les feuilles, encore rouges de la saison précédente, resteront couchées au sol, attendant nerveusement la baisse des températures. Les joues des voisins seront elles aussi teintées, cette fois par le froid. Leurs enfants, excités par l’arrivée des fêtes, sautilleront aussi haut que l’apesanteur le leur permettra, et ce dans le but d’attraper des flocons. La lumière des guirlandes, reflétée dans le verglas, scintillera aussi fort qu’un regard éprit. Les cafés parisiens propageront leur chaleur et, dans les foyers, des mots doux seront chuchotés  à l’oreille d’un amour encore assoupi. Ailleurs, on apercevra seulement l’éclairage tamisé d’un salon assombrie par l’ombre d’une famille regroupée autour d’un repas. Les rues seront recouvertes par l’odeur du chocolat, réveillant nos sens éteint par le froid, tout comme nos mains, réchauffées près de notre bouche. Et l’accordéon retentira toujours dans le métro, ramenant Paris à son état de ville de carte postale.

 

Le voilà justement, l’homme avec son accordéon, assis sur le quai à un siège souillé par les passages incessant. Il prépare ses doigts à jouer un morceau qu’il connaît déjà par cœur. Dans le wagon, il souffle quelques mots  à peine audible avant d’entamer son morceau. Le public, détaché, regarde à travers cette silhouette rendue invisible par leur méprit. Lui joue ses notes comme un enfant contraint à réciter ses leçons. Entre les deux partis, un contrat avait été signé : tandis que l’un s’engageait à distraire son client, l’autre se plaçait en juge, capable de déterminer si ce dernier méritait ou non d’être récompensé. Comme un fou devant sa cour, il présente ses meilleurs tours sans jamais regarder ses touches. Il pianote à toute vitesse et esquive les nouveaux arrivants qui, plutôt que de l’écouter, se contente de le contourner. Cinq minutes ont suffit aux passagers pour le classer au rang de « personnage insignifiant », juste parce qu’il demandait en échange de son talent un peu d’argent. Il renoue alors son écharpe, lâche son instrument et serre sa veste de blazer. Son costard aurait eu sa place dans les sous-sols Parisiens s’il n’avait pas été mendiant. Et pourtant, c’est encore grâce à sa contribution que Paris, elle, ne fond pas, à l’inverse du verglas. En un sens, Paris survit à travers ses classiques.

Néanmoins, le 13 Novembre prochain, nous feront le bilan de cette année. Et alors que les médias tenteront de comprendre si « les habitudes des Français ont changées ?« , lui sera toujours sur le même quai, certainement à la même heure, à jouer les mêmes morceaux pour les mêmes passants. Aujourd’hui, comme demain, comme à l’Hiver prochain.

Linda K

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