« Moi ? Jamais ! »

Ce deuxième article rentre dans le cadre de notre thématique de la semaine, à savoir : harcèlement sexuel. Aujourd’hui, nous recevons l’avis d’une féministe impliquée : Elisa !


Nous somment en 2016, un scandale impliquant des députées victimes de harcèlement sort de l’ombre.

Scandale ? Ce qui parait un fait exceptionnel aux hommes est le quotidien de nombre d’entre nous. Qu’ai-je entendu depuis le début de cette affaire ? « Ce sont des malades, ceux qui font ça sont vraiment dérangés ! », ou, variante « le pouvoir rend fou ».

Aujourd’hui, j’ai le cœur lourd. Lourd que le simple fait d’être une femme avec des idéaux soit un combat sans fin. Parfois, j’ai juste envie de ne plus me battre, de me laisser balloter par cette vague continue de sexisme ordinaire. Mais aujourd’hui, je suis aussi en colère, et j’ai envie de faire entendre ma voix, aussi modeste soit-elle. Je veux croire que le féminisme a toute sa place au sein de notre société, et qu’il défend cette idée radicale selon laquelle les femmes seraient des personnes respectables à part entière.

J’aimerai donc vous parler d’un phénomène parmi tant d’autres, de ceux que l’on nomme les « nice guys » sur la twittosphère féministe.

Ce nice guy c’est ton copain, tes potes, tes frères, tes collègues.

Et c’est bien là tout le problème.

C’est celui qui s’offusque des faits divers impliquant du sexisme, des violences, un viol. Qui s’offusque, mais s’exclut automatiquement du débat, qui ne se sent « pas concerné » par ce problème bien trop répandu qu’est le harcèlement, symptôme de la négation du consentement féminin.

« Moi ? Jamais ! Mes potes ? Ce sont des mecs biens. »

C’est aussi celui qui s’immisce dans les débats que provoquent ces sujets, en venant te dire qu’il faudrait « plus de pédagogie », que l’on ne gagnera jamais nos combats en gueulant comme des féministes aigries –ou conasses de féministes. Bref, c’est celui qui vient t’expliquer à toi, femme-enfant si naïve, ce que tu DOIS faire, ce que tu DOIS ressentir, quels sont les VRAIS combats et comment les mener.

L’infantilisation de la femme dans la société et les débats, infantilisation déjà puante en politique, est une conséquence insupportable de ce sexisme bienveillant. Ce phénomène entraine une véritable déresponsabilisation des hommes, ce qui, en plus d’être contre-productif dans les débats, est dangereux. Tous les hommes sont des harceleurs et agresseurs potentiels. Tous les hommes sont porteurs de paroles ou d’actes sexistes au moins une fois dans leur vie (les femmes aussi, bien évidemment, mais ce sujet mériterait un article à lui tout seul).

Oui, ton copain, tes potes, tes frères, tes collègues, tes enfants et même toi, homme qui nous lit peut être.

Il faut arrêter de déculpabiliser les hommes, car cela les exclut du débat et, à plus forte raison, du problème dont le harcèlement n’est que la partie émergente. La face cachée de l’iceberg, ce sont les racines patriarcales de la société, qui sont bien plus profondément ancrées qu’on ne le pense. Preuve en est de l’existence du harcèlement dans les sphères les plus élevées du pouvoir.

Ce cher monsieur Baupin, accusé de harcèlement, a une femme, elle-même journaliste et militante. Il a des enfants, une famille, des ami.e.s. Le harceleur, c’est ici un politique doublé d’un homme vraisemblablement discret et rangé jusqu’au 9 mai dernier.

Que d’impunité dans les faits dont il est accusé, et dont sont coupables nombre d’hommes politiques à la vue du nombre d’accusations des députées.

Où sont les grands chefs de partis ? Où sont le président, le premier ministre, pour s’exprimer sur des affaires aussi graves ? Eux aussi de potentiels harceleurs, il faut que les hommes prennent leur responsabilité dans le débat, sans chercher à s’en exclure.

Car la normalisation du harcèlement et l’absence criante de la voix des hommes dans cette affaire est la porte ouverte à toutes les violences, preuve en est du très frappant Tumblr : http://jeconnaisunvioleur.tumblr.com/
Simplement pour que l’on n’entende plus : « Moi ? Jamais ! ».


Elisa B

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