Violences, harcèlement et ma colère.

Cet article rentre dans le cadre de notre thématique de la semaine. J’aurai bien aimé vous parler de chaussures, mais l’heure est à l’urgence. Bref, vous allez en bouffer ! 

 

 

Lundi, 9H30, Palais de Justice. -cadre d’un exercice-

Au début, j’étais contente de voir mon premier procès, intérieurement je m’attendais à une affaire extraordinaire avec des avocats passionnés et des histoires à faire pleurer, de l’émotion. Il faut vraiment que j’arrête les séries américaines. Je vous avoue que je suis tombée de haut. (En même temps, tu me diras, tu vas voir un procès c’est pas une partie de plaisir !)

C’est comme ça que je me suis retrouvée sur un petit banc inconfortable à attendre que ça commence.
J’entame ma prise de notes sur un ton un peu drôle pour faire rire ma voisine, le temps se fait long, il y a du retard. J’ai la sensation malsaine d’attendre une mauvaise pièce de théâtre. Les acteurs rentrent sur scène. La juge, indifférente, s’installe.

L’accusé est déjà là, prêt à comparaitre.

Monsieur X est accusé d’avoir commis des violences sur sa femme. Nous sommes loin d’une affaire « légère. »

S’en suit la lecture des antécédents de monsieur : Violence aggravée, vol, consommation de stupéfiant, coup et blessures, déjà placé sous contrôle judiciaire.
Quelqu’un de charmant en somme. On comprend qu’il ait déjà été en prison.
Mon regard s’arrête sur les femmes dans la pièce. Elles ont la lèvre tremblante. Finalement, quand une est touchée, nous le sommes toutes.

La procureure se lève et entame son discours. Langage soutenu, pointe d’énervement dans la voix, elle se sent concernée ; intérieurement j’ai envie de la remercier : elle est la seule à mettre un peu d’énergie dans ce procès. Debout, seule contre tous elle affronte le regard vide de cet homme violent, au passé trouble. Elle veut qu’il paye. J’étais pendu à ses lèvres, avide, je voulais en savoir plus. 250€ d’amende… 250€ ? PARDON ?

Il est convoqué pour avoir cassé le nez de sa femme et avoir provoqué ainsi un arrêt de travail de plus de trois jours.

Monsieur n’en est pas à sa première violence. Il fait un mea culpa « J’ai fait des bêtises je n’en suis pas fier » avec la même voix que mes camarades collégiens lorsqu’ils se faisaient chopper dans les toilettes avec une cigarette. Sincérité zéro. J’ai l’impression d’être dans un navet glauque.
La juge le reprend, pour la forme « frapper une femme n’est pas un bêtise c’est de la violence. » (OULALALA C’EST PAS BIEN !)

Moralité, pour une saute d’humeur qui envoie ta femme à l’hosto, tu en auras pour la modique somme de 250€ (c’est à dire le prix d’une amende SNCF…)

Vous allez me dire « C’est un cas isolé, c’est pas possible » Eh bien non les amis ! Un homme qui frappe sa femme, lui casse des côtes, casse le nez du patron de cette dernière tout simplement parce qu’elle était allée au travail en scooter avec un ami (ne dites plus jamais que je suis impulsive) doit tout simplement payer 500 balles (avec 20% de réduction immédiate si tu la règles tout de suite, c’est les soldes les gars !)
Vous sentez ma lassitude ? Plus j’y pense, plus j’en suis outrée ! C’est beau la justice !
Sur le même thème, je repense au harcèlement sexuel, au viol. Quand on sait que 100% des femmes ont subi une forme de harcèlement, qu’une femme sur dix se fait violer, que dans 80% des cas la victime connait son agresseur, que 51% sont des viols aggravés, et quand on voit le nombre de plaintes déposées : je trouve ça affolant.
Mais en même temps, quand tu vois la justice réagir, tu te demandes si finalement, il ne faudrait pas régler ses problèmes tout seul.

C’est donc ça la justice ? Lorsque ça arrive on te traite comme un numéro. Et franchement, qui a envie d’avoir un juge blasé qui ressemble à un principal de collège impuissant ? Qui a envie de se sentir en danger et jugée à son tour : quels vêtements tu portais ? Tu lui as envoyé des signes ? Tu n’as pas vraiment dis non ? Tu t’es débattue assez fort ? Tu l’as embrassé donc tu étais d’accord au fond ? Mais non tu le connaissais, ce n’est pas possible, c’est pas un vrai viol, c’est un problème de communication. Mais oui bien sur, suis-je bête !tumblr_nbbny3WkQb1sy17tso1_1280740x355_espacebuzz564336e1a25d5

Ah oui, j’oubliais la plupart des violeurs ne sont pas des psychopathes qui t’entrainent dans une ruelle sombre la nuit : 45% des viols ont lieu le jour, dans 74% des cas, la victime connait son agresseur et ils n’ont pas la tête de l’emploi. 90% des violeurs connus n’ont pas de pathologie mentale (et si vous avez du mal à me croire, passez sur la page « je connais un violeur » )

Une fille sur dix. Une fille sur dix. Ca raisonne dans ma tête comme le glas d’une église.

Vendredi, j’ai essayé d’en parler en classe, je voulais faire un papier dessus après avoir lu cette article du Figaro Madame, les langues se délient dans le monde de la politique (et heureusement !). Mais moi, j’avais la gorge trop serrée pour le faire. Le prof a simplement dit « Ce sujet est déjà vieux, passez à autre chose »
Le problème, c’est que même si c’est vieux, c’est toujours d’actualité. Donc, dans un pays ou une femme sur dix (oui, vous allez le retenir ce chiffre) se fait violer, c’est certainement que l’on en parle pas assez. C’est que l’on doit en parler.

Je m’en veux d’être aussi impuissante mais pour le moment je ne peux qu’offrir ma plume.
Si toi aussi tu veux aller plus loin, il y a des sites pour cela, avoir les yeux ouvert, être au courant, c’est déjà un grand pas.

Madmoizelle
Projet Crocodile
Je connais un violeur

Anne Charlotte M.

2 thoughts on “Violences, harcèlement et ma colère.

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