Lettre à Lily-Rose

Elle était postée là, accoudée à sa chaise, le buste légèrement penché, une pose à la Coco Chanel. Le meuble fusionnait avec sa chair, et de son corps si frêle apparaissait six pieds et quatre bras. Elle la possédait, l’embellissait. Affalée, elle semblait lasse de la vie. Insatisfaite et hésitante, elle lançait un regard froid à l’objectif, et l’assistance se tut. Elle jouait à la grande. Elle boudait comme une enfant. Elle était exigeante, mais jamais méprisante. La bouche entrouverte, elle laissait échapper un léger souffle avant le sourire. C’était simple. Seulement quelques secondes de plaisir avant la moue. Seulement quelques secondes de désir avant les remords.

 

« Lolita ». Elle est l’incarnation d’un fantasme.

Voilà qu’elle abandonne sa posture pour reprendre vie. Ses membres initialement placés en angle droit s’arrondissent. Ses lèvres pincées se déraidissent. Un léger « O » se forme, des dents apparaissent. Ses pommettes enfantines étirent son regard. Autrefois si sévère, il se révèle sous ses sourcils définis. Ses yeux s’éclaircissent, et ses jeunes rides se dessinent.

A cet instant, elle est sa mère.

 

« Bébé, tu es mon bébé ». Affirmée. Ils t’ont sexualisé.

Tu danses comme une dame à condition qu’elle sache danser. Tu danses de manière figée, c’est ta manière de t’exprimer. Capture chaque moment d’une vie écoulée de manière inversée. De « Lola » à Isadora Duncan, il est difficile de te placer.

 

« Dis-moi que tu m’aimes, que la vie est belle » à la Parisienne. Tes quelques mots timidement prononcés restent accrochés à la pointe de ta langue. Impossible de les en détacher, tu les ravales aussitôt. Tu les respires et t’en imprègnes de manière sensuelle. Consciente de la qualité de ton français, tu accordes des discours occasionnels. Ta parole est précieuse, mystérieuse, comme ton image, désormais éternelle…

 

Linda K

 

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